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Mémoire présenté à la Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales
8 septembre 1998
TABLE DES MATIÈRES
1. PRÉSENTATION
DE L'AÉMQ
2. INTRODUCTION
3. HISTORIQUE DU SYSTÈME
D'ÉVALUATION QUÉBÉCOIS
4. LA PERTINENCE DE LA
VALEUR RÉELLE COMME BASE DE LA FISCALITÉ MUNICIPALE
5. LA FISCALITÉ
Gel des rôles de la CUM
La tarification
Loi 440
6. RECOMMANDATIONS
7. CONCLUSION
1. PRÉSENTATION DE L'AÉMQ
L'Association des évaluateurs municipaux du Québec (AÉMQ) est un
organisme à but non lucratif qui regroupe des évaluateurs municipaux du
Québec.
L'AÉMQ a été créée en 1959 et compte quelque 400 membres oeuvrant
dans le domaine de l'évaluation municipale. L'Association comprend principalement les
intervenants suivants: évaluateurs, agents de taxes, avocats, gestionnaires et
techniciens.
Il y a lieu de préciser que les évaluateurs membres de l'AÉMQ
uvrent exclusivement à la préparation, la mise à jour et la révision des rôles
d'évaluation. Nos membres ont à gérer sur le territoire du Québec, 2 945 000
unités d'évaluation pour une valeur globale de 337 milliards de $. Les taxes
municipales perçues par les villes à partir de ces rôles d'évaluation sont de 6,5
milliards de $ et représentent 72% de tous leurs revenus. Dans ce contexte, ils sont en
contact quotidien avec les citoyens, les élus et autres intervenants reliés à la
fiscalité municipale.
Leurs fonctions les amènent régulièrement à se présenter à titre
d'experts devant les tribunaux.
2. INTRODUCTION
L'AÉMQ est consciente des préoccupations gouvernementales à l'effet
d'améliorer le système de la taxation et de la fiscalité au Québec et de procéder à
la correction des problèmes qui en découlent; elle ne peut donc que souscrire à une
volonté de préserver la qualité et l'équité du système fiscal local.
L'AÉMQ a donc pris connaissance du mandat dévolu à la Commission
nationale sur les finances et la fiscalité locales. Malheureusement, le court délai dont
nous disposions combiné à une période où lintensité des activités
professionnelles est très élevée (nouveau processus de demande de révision et dépôt
des rôles 1999-2000-2001), ont rendu impossible la constitution dun document
faisant linventaire de ce qui fonctionne bien et de ce qui pourrait être amélioré
au chapitre de lévaluation municipale. Dailleurs, nous nous sommes
interrogés sur la pertinence dune telle énumération dans le contexte dune
étude de lenvergure de celle de cette Commission. Néanmoins, nous profitons du
présent mémoire pour insister sur des principes qui nous apparaissent incontournables
dans toute discussion de la nature de celle qui sannonce.
Nous désirons, d'entrée de jeu, mettre en garde les membres de la
Commission sur les dangers dune modification des bases d'un système qui s'avère
efficace et transparent afin d'atténuer, à court terme, des problèmes qui relèvent
davantage de la perception de deniers que de la détermination de la richesse foncière
des collectivités.
De très nombreuses études et remises en question concernant les
finances et la fiscalité locales ont été faites depuis une trentaine d'années au
Québec. Qu'il suffise de mentionner la Commission Royale d'enquête sur la fiscalité
(Commission Bélanger) en 1965, jusqu'à plus récemment Le Groupe de travail sur les
déplacements fiscaux consécutifs au dépôt des rôles d'évaluation de la CUM (mai
1998). Toutes ces instances se sont penchées très sérieusement sur la pertinence de la
valeur réelle comme base du système d'imposition foncière et, par conséquent, de la
fiscalité locale; il n'en demeure pas moins que le principe de la taxation sur cette
base, bien qu'ayant toujours soulevé certaines réserves, a néanmoins toujours reçu
l'appui de la majorité des intervenants à ces diverses Commissions et groupes de
travail.
3.
HISTORIQUE DU SYSTÈME D'ÉVALUATION QUÉBÉCOIS
L'impôt foncier déterminé à partir de la valeur des immeubles est
un des plus anciens modes d'imposition utilisés par les gouvernements en Amérique du
Nord et en Europe de l'Ouest. Au Québec, les municipalités s'en servent depuis le XIXe
siècle.
Plus près de nous, l'avènement, en 1972, de la Loi sur
l'évaluation foncière a fixé des normes légales uniformes pour la confection des
rôles d'évaluation; de plus en 1977, l'application du Manuel d'évaluation foncière
venait encadrer les questions d'ordre technique. Enfin, l'entrée en vigueur en 1980 de la
Loi sur la fiscalité municipale venait encadrer de façon définitive, la pratique
de l'évaluation dans un système qui se compare à ceux qui sont utilisés en Amérique
du Nord. Il convient d'ailleurs de mentionner que de nombreuses autorités d'Afrique,
d'Amérique du Sud et d'Europe de l'Est sont vivement intéressées par le système en
vigueur au Québec et ont même entrepris son implantation.
Nous pouvons donc affirmer que le système d'évaluation québécois,
par ses caractéristiques de décentralisation, d'uniformité, d'encadrement légal et
d'efficacité s'avère l'un des meilleurs en usage à l'heure actuelle.
4. LA PERTINENCE DE LA VALEUR RÉELLE COMME
BASE DE LA FISCALITÉ MUNICIPALE
Tel que mentionné précédemment, la taxation sur la base de la valeur
réelle (valeur marchande) s'est imposée comme modèle, et ceci en tenant compte de
critères fondamentaux de neutralité du système fiscal, d'équité, de rendement et de
simplicité administrative. Il appert plutôt, selon nous, que les problèmes vécus par
les municipalités proviennent plus des effets de la variation du marché immobilier
et donc des valeurs que de l'évaluation des propriétés conformément au
système en vigueur.
Outre les éléments ci-haut mentionnés, plusieurs avantages militent
en faveur du maintien du système tel que nous le connaissons. Qu'il suffise de mentionner
que les diverses instances utilisent comme référence les rôles d'évaluation en raison
de leur pertinence et leur fiabilité pour:
-
La détermination des cotes des municipalités pour fins de financement;
-
L'établissement des quotes-parts des municipalités au sein des communautés,
MRC,
etc.;
-
Les compensations versées lors de cataclysmes tels qu'inondations, verglas, etc.;
-
L'établissement des droits de mutation;
-
Le versement de prestations des Affaires sociales;
-
La cotisation des gains de capital par le ministère du Revenu;
-
Les remboursements effectués par le MAPAQ aux agriculteurs.
Cette énumération n'est évidemment pas exhaustive, mais L'AÉMQ
croît que ces divers éléments ne sauraient être ignorés lors de toute démarche de
réflexion pouvant conduire à l'abandon de la valeur réelle comme élément fondamental
de la fiscalité locale au Québec.
5. LA FISCALITÉ
Bien que nous ayons initialement voulu limiter notre intervention à
l'évaluation foncière, nous nous permettons néanmoins de mentionner notre inquiétude
quant à la problématique des transferts fiscaux.
Le problème du déplacement de la charge fiscale (transferts
fiscaux) dû aux changements de valeur suite au dépôt d'un nouveau rôle.
Malgré le fait que ce phénomène ne soit pas nouveau et qu'il soit
intrinsèque au système fiscal actuellement en place, il n'en demeure pas moins que
celui-ci fait l'objet depuis les dernières années de sévères critiques.
En outre, plusieurs groupes de travail ont étudié ce phénomène,
dont, entre autres, le Comité Québec-Municipalités (dans son rapport d'octobre 1982),
le Comité technique Québec-Municipalités (études de 1988 et plus récemment le Groupe
de travail sur les déplacements fiscaux consécutifs au dépôt des rôles d'évaluation
sur le territoire de la CUM (rapport de mai 1998).
Tous ces groupes ont convenu dès le départ que les objectifs qui
devaient être retenus dans la recherche de solutions aux problèmes causés par ce
phénomène devaient être conciliants avec la notion d'équité du régime de taxation
basé sur la valeur marchande des propriétés.
L'Association des évaluateurs municipaux du Québec est également
entièrement d'accord avec le fait que ce principe d'équité doit être la principale
qualité et d'un système d'évaluation municipale et d'un système de taxation
municipale (équité horizontale et équité verticale).
Gel des rôles de la CUM
Nous croyons qu'il est très dangereux de vouloir corriger l'effet des
changements de valeur en s'attaquant directement à la façon d'établir ces mêmes
valeurs. Nous croyons également que le gel des rôles des municipalités de la CUM, bien
que temporaire, sera très néfaste pour la crédibilité du système, puisqu'on vient
changer les règles du jeu en cours de partie à un moment où l'avantage change de camp.
Cette façon de faire est aussi inéquitable pour l'ensemble des autres municipalités du
Québec, puisque celles-ci doivent, quant à elles, continuer à respecter les règles
initiales.
Il nous semble indéniable que la solution aux transferts fiscaux se
trouve au niveau de la taxation et non de l'évaluation.
La tarification
Nous croyons que la tarification est sans contredit la solution à
privilégier puisqu'elle a l'avantage de ne pas réagir aux changements brusques de valeur
et également a l'avantage d'établir un lien de cause à effet entre le bénéfice d'un
service et son coût (taxe).
Malgré le fait que plusieurs intervenants aient depuis longtemps
multiplié les mises en garde à l'encontre des structures de taxation basées uniquement
sur la valeur foncière, on constate aujourd'hui que très peu de municipalités en ont
tenu compte, d'où l'état de panique actuel face aux conséquences évidentes de la
conjoncture économique du moment sur la valeur foncière.
Loi 440
Les mesures adoptées in extremis par le gouvernement du Québec en
juin dernier (projet de loi 440), vont, selon nous, à l'encontre des principes
nécessaires à un système fiscal crédible.
Ces mesures, encore une fois "temporaires", sont tellement
compliquées tant de compréhension que d'application que le citoyen sera incapable d'en
mesurer le niveau d'équité. Nous croyons donc que ces mesures sont néfastes à la
crédibilité du système fiscal municipal.
Rôle triennal
versus rôle annuel
Il nous apparaît important dinsister sur la nécessité de
conserver intact le concept du rôle triennal. La mise en place de ce dernier, il y a
quelques années, a permis selon nous de rendre plus rigoureux le processus de décision
conduisant à léquilibration périodique du rôle, en plus de rendre ce geste moins
tributaire dopportunisme politique.
Il est tout à fait irréaliste de croire quil est possible
deffectuer annuellement léquilibration dun rôle afin datténuer
leffet de décalage entre le moment de lutilisation du rôle (exercice
financier) et la date dévaluation (date de mesure de la valeur) dans un contexte de
rationalisation des budgets.
6. RECOMMANDATION
LAÉMQ croit quil est primordial de cesser de gérer le
système fiscal à coup de mesures temporaires et quil y a lieu de mettre de
lavant des mesures plus structurantes, particulièrement en ce qui a trait au
"combat des déplacements fiscaux".
La mise en place dun niveau minimum obligatoire de tarification
(pourcentage minimum de revenu provenant de tarification) aurait pour avantage
dalléger de façon proportionnelle leffet dû aux variations importantes de
valeur résultant des mouvements du marché immobilier.
À cet effet, il est important de rappeler que lévaluateur
municipal peut être très utile au moment de mettre en place des mécanismes de
tarification, de par sa connaissance des immeubles du territoire et de par
lutilisation de la multitude de données contenues dans les dossiers
dévaluation dont il a la garde.
7. CONCLUSION
Tel que mentionné dans lintroduction, les circonstances
particulières entourant la rédaction de ce document nous ont obligés à traiter,
succinctement et de façon limitée, de principes que nous considérons comme
essentiels.
Sans restreindre la portée du présent mémoire, et dans le but de
démontrer le vif intérêt de lAÉMQ pour ses travaux, nous offrons à la
Commission détudier plus à fonds certains points techniques et/ou suggestions qui
pourraient lui être soumis par dautres organismes, dans le cadre de cette
consultation. Il nous fera également plaisir de répondre à toute demande de précision
soit sur le contenu de ce document, soit sur tout autre sujet.
Nous vous remercions donc davoir permis la présente
intervention.
LAssociation des évaluateurs municipaux du Québec
Par Benoît G, Roy, président
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